Restos trendy : un naming en panne d’inspiration ?

par Marjorie Bachot | le 14 mars 2014

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Il y a des effets de mode pour tout, le naming n’échappe pas à la règle.

Nous nous sommes intéressés de plus près aux noms donnés aux établissements dits « à la mode » qui fleurissent dans la capitale depuis quelques temps. Au départ de cette réflexion, plusieurs expériences personnelles malheureuses à cause de quiproquos namingstiques.

« Rendez-vous à 20h30 chez Buvette, tu ne peux pas te tromper, ils ont eu un prix Fooding ». Un peu léger comme précision, mais soit.

Sauf qu’à l’heure-dite, vous êtes soit chez Buvette dans le 9e arrondissement, soit à La Buvette dans le 11e arrondissement, les deux établissements ayant été récompensés par Le Fooding. Evidemment, ça n’a pas loupé, il y a eu confusion sur le choix de la buvette ! Autre anecdote du même acabit : « rendez-vous chez Moustache« . Chat échaudé craint l’eau, en googlisant le restaurant on tombe sur un Moustache dans le 6e arrondissement et Chez Moustache dans le 11e arrondissement. Pas de faux pas cette fois-ci mais il s’en est fallu de peu. Bilan de ces deux expériences : il faut aujourd’hui être extrêmement vigilant et précis dans ses indications de restaurants car il y a manifestement un manque de créativité de la part des nouveaux tauliers parisiens ! A moins qu’il ne s’agisse tout simplement d’effets de mode plus structurels ?

En effet, on identifie pas mal de noms aux consonances nostalgiques, régressives (Pirouette, Pan, Glou, Youpi et Voilà, Ma Cocotte, Le Perchoir), retro (Jour de Fête, Mon Oncle, Playtime – aahh Jacques doit se retourner dans sa tombe), ou franglais pour le cool (Big Fernand, Ten Belles, Le Look, Ma Kitchen).

Mais ce qui est notable et plus récent, si l’on en croit les derniers nés, il semblerait qu’unanimement les restaurants de la capitale ciblant une clientèle pseudo-bobo-crypto-hipster privilégient aujourd’hui des noms descriptifs ultra simples versus des noms créés plus travaillés.

C’est ainsi qu’aux historiques « Bon » et « Derrière » font maintenant écho les « Encore, Beaucoup, Merci, Grillé, Table, Artisan, Manger, Abri, Vivant, Saturne, Paradis« , …, à quand les Très, Pourquoi, Vraiment, ?.. Un seul mot d’ordre : pas d’article défini, pas de nom composé, pas de conjugaison, du basique-descriptif, ça fait plus authentique et plus brut. Ne pas hésiter donc à investiguer l’adverbe, le verbe à l’infinitif, le substantif dans son plus simple appareil, c’est même vivement recommandé… On ne s’encombre plus avec des fioritures morphologiques ni autres chichis sémantiques, on fait simple. Ridicule ? Peut-être. Surement. Enfin. C’est là qu’est le cool.

Le gage du week-end : construire une phrase sujet-verbe-complément avec tous ces noms de restos !