Le mot #2 : Tohu-Bohu

par Jérôme Chiavassa-Szenberg | le 2 juillet 2013

TOHUBOHU

Histoire de sens…

     « Tohu-bohu » est un nom masculin invariable qui a deux sens, selon le Dixel 2013. Son sens courant est d’abord celui de nombreux bruits entremêlés : synonyme de tintamarre, de ramdam, de charivari ou encore de vacarme, le tohu-bohu est en somme l’antonyme de la tranquillité.
En un sens vieilli, mais qui va nous mettre sur le chemin de sa riche étymologie, « tohu-bohu » renvoie cette fois à un désordre grave, à une confusion des choses (entre)mêlées. En hébreu, où le mot trouve son origine, il est d’ailleurs semblable au « khaos » grec, désignant le premier état de l’Univers.
Or le mot tohu-bohu apparaît justement à l’occasion d’une explication des origines de l’Univers, ou pour être plus précis, de celui que les Hébreux se représentaient. En effet, dès le premier chapitre de la Genèse, I, 2, apparaît notre mot :

Bereshit

La traduction du rabbinat traduit plus précisément « tohu va vohou » par « solitude et chaos », soit un chaos au sens où l’être n’a pas été (in)formé, une solitude au sens où il n’existe que lui pour le moment.

Le tohou-va-vohou est donc un état de complète indétermination, qu’on pourrait peut-être rapprocher de celui de la « khôra » platonicienne du Timée : une matière n’ayant reçu aucune forme, aucune détermination, pas même celle du manque de forme, un état de la matière avant toute pensée de forme ou de manque de forme.

Mais alors, comment sortir du tohu-va-bohu ?

La seule chose qui précèderait le tohu et bohu serait le ciel et la terre. Dieu disposerait donc déjà de deux éléments pour organiser l’informe matière ainsi que d’une lumière, une raison. Son œuvre consiste désormais à introduire par ce biais des formes dans cet état de la matière chaotique. Activité très similaire à l’action du démiurge de Platon, à la différence que le Dieu biblique a un outil : il parle. La forme s’introduit dans le tohu-bohu par la parole, et nommer c’est donc ordonner (en paroles) pour ordonner (mettre en ordre) et faire disparaître la confusion qui régnait.

Ainsi, quand nous disons d’une chose ou d’une situation que c’est un tohu-bohu, nous signifions que ce qui est devant nous, pêle-mêle, est incompréhensible, non appréhendable, insaisissable.

Le tohu-bohu est donc l’occasion d’une création, ou, si l’on ose dire, de l’invention ou de la redécouverte d’un ordre là où a priori il n’existe pas. Le tohu-bohu est donc comme un ordre en puissance qui attend qu’on lui impose sa forme, de la même façon que le bloc de marbre, chez Aristote, est statut en puissance que seul le sculpteur peut faire venir à l’acte.