Quo Vadis?

par Maurice Dupont | le 16 février 2011

Si notre série « On est bien peu de choses » est destinée à montrer de façon humoristique comment des personnages historiques ou mythologiques se retrouvent à nommer des produits ou services bien loin de ce qui a fait leur gloire éternelle, la nouvelle série qui commence a pour but de révéler l’origine des noms de grandes marques qui peuplent notre quotidien.

Pour ce premier épisode, nous allons nous intéresser à la marque Quo Vadis, marque célèbre d’agenda. Fondée en 1954 par le docteur Francis Georges Beltrami (après qu’il a inventé – et déposé – pour son usage personnel un nouveau concept d’organisation du temps : une double-page visualisant toute la semaine qu’il baptise l’agenda Planing – avec un seul n), la marque latine devient rapidement un succès. En 1962, elle reçoit le prix d’honneur (comme la DS de Citroën et la machine à écrire d’IBM la même année) et est reconnue comme l’un des grands produits du XXème siècle lors de l’exposition d’œuvre d’art et d’industrie au musée du Louvre. 56 ans plus tard, la gamme Quo Vadis comprend plus de 80 agendas imprimés dans plus de 15 langues.

Mais d’où vient le nom ?

« Quo vadis ? » est une phrase tirée d’un récit apocryphe du martyre de saint Pierre. Celui-ci, fuyant les persécutions romaines, aurait rencontré sur la via Appia le Christ et lui aurait demandé : « Quo vadis, domine ? » c’est-à-dire « Où vas-tu, Seigneur ? ». Le Christ lui aurait répondu qu’il allait se faire crucifier une seconde fois, stigmatisant ainsi la lâcheté de son disciple. Pierre serait alors retourné à Rome pour y être crucifié à son tour mais – à sa demande – la tête en bas en signe d’humilité.

La question de saint Pierre serait restée inconnue du grand public si l’écrivain polonais Henryk Sienkiewicz n’avait pas reçu le prix Nobel de littérature en 1905 pour le roman du même nom, et surtout si le cinéma ne s’en était pas emparée. Entre 1905 et 2001, il y a eu 5 films tirés du roman, le plus célèbre étant sans doute celui de 1951 où le commandant romain Robert Taylor s’éprend de la belle chrétienne Deborah Kerr.

La société Quo vadis a choisi la question de saint Pierre car elle permet d’illustrer, d’une façon métaphorique, l’usage que l’on fait d’un agenda. Que fait-on dans la vie ? Où va t-on dans la vie ? Les rendez-vous et rencontres que nous faisons tous les jours tracent le chemin de nos existences. On retrouve cette idée dans la signature de la marque : « j’ai rendez-vous avec ma vie ».