Même sans « e », marque reste marque

par Jean Coulon | le 19 mars 2015

Comme Georges Perec, célèbre oulipien qui, périlleux exploit, rédige en 1968 toute une œuvre qui l’évite, on observe depuis quelques temps un mouvement de mépris pour le « E » sur internet.

C’est FlickR qui semble débuter les hostilités dès 2004 pour des questions de disponibilité d’URL. Cette mode n’est donc que le fruit de mesquines concessions et vils compromis ?

Une telle méthode permet effectivement de libérer le célèbre troidoublevé. Ceci dit, elle s’impose petit à petit comme un signe du numérique. En effet, que ce soit TumblR, GrindR, Timr, Viewr, Pushr ou encore Blendr, ces entreprises jouissent d’internet comme support privilégié.

Bien plus que numérique, cette mode devient un phénomène linguistique puisqu’elle influe notre expression même : elle impose des réflexes phonologiques inédits qui nous font prononcer des suites de lettres plus qu’indigestes – mention particulière pour Pixlr qui subtilise deux E !

Plaque_perecL’entreprise TNT Post UK qui modifie son identité en septembre 2014 pour devenir Whistl signe encore une nouvelle évolution puisque cette dernière -qui dispose de points de vente physiques- s’éloigne d’une norme implicite qui stipule que seuls les E suivis d’un « R » tombent.

Notons en outre le côté éphémère de ces règles puisque, hier encore, nous utilisions un « e- » comme préfixe pour symboliser le numérique !

Pour Oulipo comme pour Nomen, les règles formelles se veulent vectrices d’inventivité !

PS : j’oublie quelque chose non ?