Le mot #34 : mot

par Jérôme Chiavassa-Szenberg | le 19 janvier 2015

Et si l’on s’interrogeait aujourd’hui sur l’origine du mot… « mot » ?

Le « mot » est défini comme « chacun des sons ou groupes de sons (de lettres ou groupes de lettres) correspondant à un sens isolable spontanément, dans le langage » ; ou, par écrit, comme « suite ininterrompue de lettres, entre deux blancs. » (Robert Dixel 2014). C’est donc un terme, un vocable. Mais c’est aussi un élément du lexique, un élément qui fait signe. Le mot nous sert donc à exprimer un message à travers la parole, le discours. Jusqu’ici rien de surprenant.

UNEmots

Pourtant, l’étymologie du « mot » pourrait nous convaincre du contraire. Le mot « mot » nous vient du bas latin muttum désignant un grognement, un son. Il vient lui-même de l’onomatopée mu désignant le « son produit lorsque les lèvres sont à peine entrouvertes, presque imperceptible » (Wiktionnaire, art. mot). Selon le Robert, ce même mu serait à mettre en rapport aussi avec des mots comme marmonner, murmurer, muet.  Et la lecture des articles correspondants du Wiktionnaire nous le fait lier aussi à meuh, hmmm, à mugir (lat. mugio) et même au mystère (cf. anc. gr. /mustês/ : initié, c.à.d. celui qui a juré le silence). Cette onomatopée mu se retrouverait dans d’autres langues indo-européennes.

Le muttum et le mot, ont donc d’abord un sens négatif pour ne pas émettre un son. On trouve ainsi à la fin du Xe siècle « ne pas sonner mot » pour « ne rien dire ».

Le sens a ensuite évolué, se renversant, pour désigner une parole, un discours, un élément du discours.

C’est à en perdre ses mots !

Crédit photo (photo modifiée) : Cadaverexquisito via Wikimedia (cc)