Le chocolat en toute liberté ?

par Maurice Dupont | le 4 mars 2010

Continuons notre série « on est bien peu de choses » qui s’amuse à recenser des noms de marque qui sont aussi des noms de personnages illustres ! Aujourd’hui, nous allons en Grèce ancienne et en Belgique. N’hésitez pas avant d’entreprendre ce petit voyage à vous munir de quelques chocolats.

Ceux-ci étaient ignorés des Grecs de l’Antiquité : le chocolat n’apparaît dans le Vieux Monde qu’au XVIème siècle. Mais cette ignorance gastronomique n’empêcha pas un chocolatier du XXème siècle d’appeler sa chocolaterie du nom d’un roi de Sparte : Léonidas. Qui était ce Léonidas et, puisque les Grecs ne connaissaient pas le chocolat, quel rapport établir entre ce roi et une chocolaterie ?

Un peu d’histoire…

Commençons par une rapide biographie de Léonidas. Il vécut entre 540 et 480 av. l’ère commune. Il devint l’un des deux rois de Sparte en 489. Léonidas est resté fameux pour son héroïque opposition face aux Perses lors de la bataille des Thermopyles. Quelques années avant 480, le roi de Perses Xerxès I commença à préparer une invasion de la Grèce continentale. Un Spartiate exilé à sa cour en eut connaissance et prévint Lacédémone. La ville consulta alors l’Oracle de Delphes qui se serait montré peu encourageant pour Sparte : un roi mourrait à la guerre ! Sparte essaya une solution diplomatique qui échoua : la deuxième guerre médique commençait. En 481, les Hellènes se liguèrent et placèrent Sparte à leur tête. En 480, Xerxès s’avance par le nord de la Grèce : la ligue envoie Léonidas aux Thermopyles, défilé qui permettait l’entrée vers le centre de la Grèce. Le but était de retarder Xerxès afin de permettre aux Grecs de rassembler leur flotte et de se replier. Léonidas arrive avec ses hommes de plusieurs cités de Grèce, mais en nombre inférieur aux Perses. Durant plusieurs jours ils repoussent victorieusement l’adversaire ! Mais un jour les Grecs sont trahis ! Alors, Léonidas et les hommes de Sparte et de Thespies décident de combattre jusqu’à la mort, alors que de nombreux soldats d’autres Cités désertent… Massacrés, le roi de Sparte et ses hommes devinrent le symbole de la résistance à l’envahisseur. La légende du roi perdura et à l’époque moderne, Léonidas devint le symbole du combat pour la liberté.

Qu’en est-il alors du rapport avec la chocolaterie ?

En lisant l’histoire de la chocolaterie Léonidas, il semble que le choix du nom de l’illustre Spartiate ne relève que d’une homonymie. Léonidas Kestekides, pâtissier et confiseur, fut récompensé aux Expositions Universelles de Bruxelles (1910) et Gand (1913) pour ses réalisations. Amoureux d’une bruxelloise, il s’installa en Belgique à cette époque. Il y ouvrit un salon de thé vendant gâteaux et chocolats. La boutique se spécialisa ensuite dans le chocolat. En 1935, son neveu Basile reprend la chocolaterie et honora son fondateur en la dénommant Léonidas. Basile profita de l’homonymie pour adopter une imagerie liée à la figure légendaire grecque. Et voilà comment d’un symbole de liberté, on devient par hasard symbole du chocolat belge.