Saine crue

par Nina Derai | le 7 juin 2016

Ces derniers jours, les enfants de Paris – qu’ils soient grévistes, bourgeois, commerçants, flâneurs, ou juste révoltés dans l’air  – ont reconnu la grande oubliée. Assoupie depuis des décennies, la Queen s’étendit soudain le long des berges, frôlant les portes du Louvre, et selon son bon vouloir, submergea le quotidien des siens.

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Un défilé de postérieurs pensifs  se laissait apprécier sur les ponts de la capitale. On se déplaçait de partout, de banlieue, peut-être de province, pour contempler la lente noyade du Zouave, qui sous le pont de l’Alma, s’engouffrait insensiblement, s’en tirant toujours, comme un martyr qui ne parviendrait pas à crever.

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Si Reggiani et Ventura ont vanté l’icône burlesque des titis parigots, je m’arrête un instant sur une chanson de Brassens, les Ricochets, pour essayer de comprendre ce qu’on peut bien leur trouver, au Zouave et à la Reine Seine. C’est l’histoire d’un gars qui kiffe Apollinaire et « Le pont Mirabeau » sous lequel coule la Seine// Et nos amours. Une fille l’abandonne, il pleure.

Au viaduc d’Auteuil 

Parait qu’à vue d’œil, 

Grossissait la Seine. 

Et si, pont d’ l’Alma,

J’ai pas noyé ma 

Détresse ineffable,

C’est qu’ l’eau coulant sous

Les pieds du zouzou

Etait imbuvable,

Etait imbuvable.

Non, le Zouzou ne coule pas, les gens autour résistent rien que pour l’imiter et vas-y qu’on se reflète les uns les autres dans la crue de l’eau, toujours plus vaseuse. Pourtant en 1994, Chirac avait promis de s’y baigner le premier, mais la maire actuelle, sympa comme tout, repousse l’échéance à 2024. Ils jouent avec nos rêves, à nous installer des Paris Plage, baignade interdite.

J’ai beau râler, je crois bien que même si j’y avais droit, je m’aventurerais pas sous ces eaux-là, à cause que je m’imagine dans le fond des macchabées en file indienne. Et puis, je pense à la légende de l’Inconnue de la Seine, aussi. En se suicidant, la fille voulait disparaître pour de bon, mais un type de la morgue a eu la bonne idée d’emprunter son visage avec du plâtre « parce qu’il était beau et parce qu’il souriait, parce qu’il souriait de façon si trompeuse, comme s’il savait » pour citer Rilke qui découvrit le masque lors de son premier séjour à Paris, en 1902. Bonne entrée en matière, mon vieux.

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En résumant rapido presto, faut bien avouer que même si elle nous fiche la trouille et la pagaille et que, toute crade qu’elle est, on préfère rester à distance, on se marre drôlement bien avec la Seine. Comme le dit Vanessa Paradis dans Un monstre à Paris, dessin animé tiptop :

Je ne sais ne sais ne sais pas pourquoi, 

On s’aime comme ça la Seine et moi !

 

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