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Les règles, le nouveau marché de l’émancipation féminine

par Delphine Winicki | le 6 septembre 2018

Period are cool. Affiche Monki

Si on vous dit « les anglais ont débarqué », « j’ai mes ragnagnagna » ou encore « je suis indisposée » et « c’est les chutes du Niagara », à quoi pensez-vous? A vos règles ou menstruations, bien évidemment. En 2015, Instagram censure une photo de femme qui a le pantalon tâché du sang de ses règles. Trois ans plus tard, le tabou des règles est encore omniprésent dans la société mais peu à peu les règles deviennent un facteur d’émancipation féminine.

Le tabou des règles

Les règles sont souvent perçues comme sales et honteuses bien que ce soit un phénomène naturel synonyme de bonne santé pour les femmes. Elles cachent serviettes hygiéniques et tampons lorsqu’elles se rendent aux toilettes et sont gênées si par mégarde une protection périodique tombe du sac. Dans certaines parties du monde, avoir ses règles pose bien d’autres soucis et est un facteur d’exclusion sociale. Par exemple, en Iran, elles sont encore considérées comme une maladie pour certaines jeunes filles et au Japon, les femmes ne peuvent pas être cheffes sushi. Il paraîtrait que les règles font même tourner la mayonnaise et qu’un tampon peut dévirginiser une jeune adolescente. Vous l’aurez compris, les clichés perdurent !

Mais qui dit menstruations dit protections périodiques. En France, l’accès aux serviettes et tampons est plus évident que dans d’autres pays où les femmes utilisent encore de la boue ou des tissus et ne peuvent se rendre à l’école durant cette période du mois. Toutefois, partout, une chose est sûre : les protections hygiéniques restent trop chères. Ne pas avoir accès à des protections périodiques propres pose pourtant d’importants problèmes sanitaires. Pour cette raison, l’association Règles Elémentaires propose gratuitement aux femmes sans abris des protections hygiéniques.

Empowerment

Les règles sont devenues un sujet politique et féministe. Des marques comme Always et Nana profitent d’ailleurs de ce mouvement de libération de la parole dans leurs publicités.

Cette année, Nana est à l’origine de la publicité « Les Règles c’est normal » plébiscitée sur les réseaux sociaux avec le hashtag #bloodnormal  où le liquide bleu traditionnellement utilisé pour figurer le sang devient (enfin) rouge. Dans cette même vidéo, un homme achète un paquet de protections périodiques et une femme interpelle ses amis pour leur demander une serviette hygiénique pendant une soirée. En bref, avec Nana, la femme s’émancipe et n’a plus à avoir honte de ses règles puisque c’est naturel.

En 2014, la marque concurrente, Always, fait parler d’elle pour sa publicité #LikeAGirl qui contribue à casser les stéréotypes sur le sport et les femmes reprennant la fameuse expression sexiste « courir comme une fille » synonyme de courir lentement.

Nett, la marque de tampon rivale de Tampax, a décidé l’année dernière de montrer les règles autrement par le biais de jeunes adolescents garçons qui découvrent un tampon et cherchent à comprendre comment cela fonctionne. L’objectif de la marque est de déculpabiliser les jeunes filles qui ne se sentent pas toujours à l’aise lorsqu’elles mettent leurs premiers tampons et de leur prouver qu’elles ne sont pas les seules à s’y perdre.

Les protections jetables, la libération des femmes après-guerre

Le premier tampon est certes créé en 1931 mais n’est alors que très peu employé et les protections hygiéniques lavables restent encore très utilisées pendant des décennies. En 1963, les premières serviettes hygiéniques jetables arrivent en France et révolutionnent le quotidien de la femme réglée. Désormais, les serviettes hygiéniques s’achètent en supermarché et se démocratisent, fini le temps du tissu. Dix ans plus tard, la marque Vania est à l’origine de la première serviette avec bande adhésive et lance alors une mode qui perdure.

Des années 1980 à 2000, c’est le tampon qui prend de l’ampleur. Il plaît aux femmes car il est pratique et invisible : grâce à lui, faire du sport ou aller à la piscine redevient possible pendant ses règles. Avec ou sans applicateur selon les préférences, Tampax et Nett sont les deux marques qui tirent leur épingle du jeu en France. Tampax est d’ailleurs presque devenu un synonyme de tampon pour les jeunes filles qui ne peuvent oublier ses fameuses publicités où Dame Nature leur apporte leur cadeau menstruel à savoir les règles. Mais avoir ses ragnagna n’est plus un problème grâce à Tampax qui s’adapte au mieux au flux.

Le retour à la nature

Les protections hygiéniques ne font pas parler d’elles que pour la dimension émancipation féminine mais aussi pour les soucis écologiques qu’elles posent, entre le scandale des pesticides retrouvés dans les tampons et le volume de déchets produit, certaines femmes se tournent aujourd’hui vers une consommation plus verte et plus respectueuse de leur santé.

La cup ou coupe menstruelle créée au 19e siècle connaît un regain d’intérêt ces derniers temps. Cet objet en silicone permet de recueillir le sang de la femme qu’elle vide ensuite en allant aux toilettes. Écologique, elle est aussi plus saine et permet de reconnecter la femme à son corps. Essentiellement vendue en pharmacie et sur internet, elle séduit de plus en plus de femmes qui apprécient de ne plus avoir à acheter de protections périodiques tous les mois. Parmi les marques, on note la Meluna ou encore la LunaCopine et la MoonCup aux noms féminins et connivents d’une complicité. Pour l’instant, seule la Be’Cup, coupe menstruelle du laboratoire Urgo est vendue en supermarché sous la marque Intimy. Un seul mot d’ordre : ne plus avoir honte de ses règles.

Coupe menstruelle

D’autres initiatives ont vu le jour pour séduire celles qui préfèrent les serviettes hygiéniques : des serviettes lavables comme au temps de nos grands-mères. Pour les plus réticentes, les marques ont su faire de la serviette lavable un accessoire joli et pratique. Exit le blanc immaculé, place aux motifs colorés de marques comme Dans Ma Culotte, Plim ou HannahPad. Un seul inconvénient : un prix parfois un peu élevé, entre 15 et 20€ la serviette, un investissement toutefois rapidement rentabilisé. Pour les petites bourses, on vous recommande la marque suédoise Imse Vimse moins chère et tout aussi efficace. Dans la même veine, vous pouvez aussi commander des culottes absorbantes pour ne plus avoir à vous soucier de vos règles dans la journée et la nuit auprès des marques Thinx et Fempo.

Les règles se digitalisent

Sur Internet, les règles sont un immense sujet de discussion sur les réseaux sociaux et les nouveaux médias du type Konbini, Brut ou Slate s’en emparent. Jack Parker, auteure du livre Le Grand Mystère des règles et du blog Passion Menstrues, déconstruit les clichés traditionnels sur les règles. Si le sujet règles et numérique vous passionne, on vous recommande d’ailleurs le fil Twitter de la journaliste Lucie Ronfaut « MenstruTech ».

Côté marque, les applications liées au cycle menstruel fleurissent d’année en année. Grâce à l’application Clue, les femmes peuvent suivre leur cycle tandis qu’avec Glow celles qui souhaitent avoir un enfant connaissent leur meilleure période d’ovulation.
Partant du postulat qu’une femme sur deux a des règles douloureuses, qui on le rappelle peut aussi cacher de l’endométriose, Livia a créé un bouton pour stopper la douleur. Grâce à l’électrostimulation, Livia soulage les crampes menstruelles. Un petit appareil accroché à la ceinture est relié à des électrodes posées sur le ventre de la femme, la souffrance est instantanément soulagée.
Enfin, pour les amatrices de coupe menstruelle toujours en recherche de toilettes où nettoyer sa cup facilement, on vous invite à faire un tour sur la plateforme collaborative Clean Your Cup sur laquelle vous pouvez retrouver les toilettes cup friendly.

appareil livia règles douloureuses

Aujourd’hui, les marques ne cherchent plus à cacher les règles mais à prouver qu’elles sont naturelles, normales et que les femmes peuvent en être fières. Et ce ne sont pas les culottes Monki qui disent le contraire !

culotte monki

Crédits photographiques :

LunaCopine

Plim

HannahPad

Livia

Monki