Le mot #23 : Synallagmatique

par Jérôme Chiavassa-Szenberg | le 21 mai 2014

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Il y a quelques temps, nous faisions une excursion dans les figures de style. Aujourd’hui, nous allons en faire une dans le Code civil, où l’on trouve des mots intéressants. Nous nous sommes arrêtés sur le beau synallagmatique. Avouons qu’à chaque fois que nous l’écrivons, nous devons nous y reprendre à deux fois.

Synallagmatique est un adjectif qui qualifie, dans le droit, ce « qui comporte une obligation réciproque entre les parties » (Robert Dixel, 2014). Le Code civil dit d’ailleurs : « le contrat est synallagmatique ou bilatéral lorsque les contractants s’obligent réciproquement les uns envers les autres. » (Code civil, livre III, titre III, chap. 1, art. 1102).

D’où vient ce mot ? En voyant qu’il commence par le préfixe syn-, on sait qu’il nous vient du grec. Le dictionnaire Magnien-Lacroix nous apprend que συνάλλαγμα (sunallagma, atos) signifie « convention, contrat, accord » ou « relations, rapports intimes ». Il fait partie d’une famille de mots tournant autour de l’idée d’une conciliation et même d’une réconciliation (sunallagè, ês), d’un échange, d’une médiation ou d’une négociation (sunallaktès : un négociateur, un médiateur).

Si l’on poursuit sur ce chemin, on remarque qu’allagè renvoie au commerce, à l’échange, à la vente et l’achat. Allagma désigne « ce qui est donné en échange ».

On voit donc que la définition du mot en français reste bien calquée sur celle de son étymon. Il s’agit dans ce contrat, que chacun donne à l’autre quelque chose en échange d’autre chose de façon à ce que s’opère entre les deux parties un accord – éventuellement après une phase de négociation ou de médiation.

Il ne faudrait pas croire que le mot synallagmatique associé à contrat soit redondant. En effet, on pourrait imaginer que le contrat contient nécessairement une obligation réciproque. Ce n’est pourtant pas le cas. Le Code civil définit par exemple le contrat de bienfaisance où l’une des parties « procure à l’autre un avantage purement gratuit » (loc. cit., art. 1105). Mais l’article ne dit rien de ce que cet autre doit fournir au premier.

Synallagmatiquement vôtre !

(Les références et citations du Code civil sont extraites du site Légifrance)